mardi 21 novembre 2017

Ce que pense Justin Vaïsse, le 'stratège du Quai d'Orsay', de Tariq Ramadan et d'Yussuf Al-Qaradawi

Le Monde (22.02.2013) qualifie Justin Vaïsse de "stratège du Quai d'Orsay":
"Justin Vaïsse, 39 ans, vient d'être appelé par Laurent Fabius pour diriger, à partir du 1er mars[2013], le centre de réflexion de la diplomatie française au Quai d'Orsay. L'ancienne Direction de la prospective est en même temps rebaptisée Centre d'analyse, de prospective et de stratégie (CAPS). Le ministre des affaires étrangères souhaite augmenter la visibilité de l'organisme. "La diplomatie a besoin de prospective, expliquait-il, le 5 février, dans un discours à l'Ecole normale supérieure. C'est pourquoi j'ai décidé de renforcer, au sein du Quai d'Orsay, une unité (...) qui aura pour tâche de me fournir, à partir d'analyses précises, toute une série de conseils et d'avis sur le monde de demain..."
Dans un article (2010, Brookings Institution), Justin Vaïsse critiquait sévèrement  le livre de Christopher Caldwell, chroniqueur au Financial Times et au Weekly Standard, Une révolution sous nos yeux: Comment l’islam va transformer la France et l’Europe.  L'article fut également publié par la revue Esprit.  Justin Vaïsse lui reproche de comporter "de nombreuses erreurs, distortions et surtout omissions au sujet des musulmans d’Europe, aboutissant à peindre un tableau partial et trompeur qui débouche naturellement, pour ceux qui l’acceptent, sur une validation tautologique des hypothèses culturalistes de l’auteur selon lesquelles on ne peut pas être à la fois Européen et musulman".

A propos des responsables musulmans Tariq Ramadan et Yussuf Al-Qaradawi,  "deux des cibles favorites de Caldwell", il affirme:
"Contrairement à ce qu’avance Caldwell page 287, la condamnation du recours au terrorisme par les responsables musulmans d’Occident a été constante, répétée et explicite – mais on n’y prête jamais attention. On pense notamment à la très solennelle et explicite déclaration de Topkapi du 2 juillet 2006, à laquelle participaient notamment le CFCM ainsi que Tariq Ramadan et Yussuf Al-Qaradawi, deux des cibles favorites de Caldwell."
Voici ce qu'écrit Fiammetta Venner à propos d'Youssouf Al-Qaradawi dans le Huffington Post:

"Le djihad contre les Juifs et les Américains
Pour le prédicateur le débat est impossible : « Il n'y a pas de dialogue entre nous et les Juifs, hormis par le sabre et le fusil» . À noter, l'imam ne parle pas des Israéliens. Ce sont bien les « Juifs » qu'il accuse de verser le sang des «Arabes». Lors de cette émission, il explique d'ailleurs que même s'il se retient de déclarer tous les Juifs coupables lorsqu'il parle aux Occidentaux, il assume en réalité une vision proprement raciste de cette communauté : « L'iniquité des Juifs, en tant que communauté, est visible et patente. Laissez-moi m'expliquer : en Occident, ce que je peux dire (...) à leur sujet [est que certains d'entre eux] sont iniques, et que d'autres ne le sont pas. Et ceci est tout à fait possible. Mais l'iniquité des Juifs est une grande iniquité, une grave iniquité, une iniquité incomparable et manifeste. Par conséquent, lorsqu'il m'a été suggéré que les Juifs participent au dialogue lors d'une prochaine rencontre, j'ai refusé. J'ai dit non, nous ne devons pas dialoguer avec eux tant que leurs mains seront tachées de notre sang ». Une vraie leçon en double discours.

Qaradhawi a beau justifier sa défiance en mettant en avant l'occupation de la Palestine, c'est bien en se fondant sur le Coran qu'il encourage l'action des groupes islamistes les plus violents. Voici un extrait de l'une de ses conférences donnée dans l'Ohio en 1995 à l'invitation de la Muslim arab youth association :
"Voici ce que disent [les hadiths]. Vous continuerez de combattre les Juifs et ils vous combattront jusqu'à ce que les Musulmans les tuent. Et le Juif se cachera derrière la pierre et l'arbre, et la pierre et l'arbre diront 'Oh serviteur d'Allah, oh Musulman, voici un Juif derrière moi venez le tuer'. (...) Nos frères du Hamas, en Palestine, la résistance islamique, le Djihad islamique (...) nous rendent notre foi (10)".
L'approbation publique de ces organisations, classées comme terroristes par le Département d'État, lui a valu d'être interdit de séjour aux États-Unis en 1995. En réalité, Qaradhawi fait plus que les approuver. Il est l'un des rares religieux ayant délivré des Fatwas autorisant les attentats-kamikazes en dépit du Coran, qui interdit explicitement le suicide.  
C'est notamment en se référant à l'interprétation de Qaradhawi que le Hamas -- la branche des Frères musulmans en Palestine -- se dit autorisé à mener ses opérations. L'imam, lui, ne perd jamais une occasion de féliciter les candidats au martyr. Comme sur Al Jazira, le 25 avril 2004 :
"Certains clercs s'opposent aux opérations martyres en Palestine. Par ces opérations, Allah a compensé les Palestiniens pour leur manque de force. Ils ne possèdent pas d'hélicoptères Apaches, d'avions de guerre, de tanks ni de missiles comme les sionistes. Allah leur a offert ces bombes humaines en guise de compensation. C'est la justice divine [qui s'opère]. [Dieu] offre aux faibles une arme d'autodéfense contre laquelle les forts ne peuvent rien, malgré tout leur arsenal militaire et nucléaire"."
Quant à Tariq Ramadan, il suffit de se référer à ce que Caroline Fourest et bien d'autres ont écrit sur lui.  On notera que, dans sa chronique du Figaro, Natacha Polony qualifie Tariq Ramadan de "Tartuffe"...

lundi 20 novembre 2017

Karl Popper: Les Sages de Sion "ont pris la place des dieux de l'Olympe homérique"

Karl R. Popper (1902-1994), philosophe:

"On ne croit plus aux machinations des divinités homériques, auxquelles on imputait les péripéties de la Guerre de Troie.  Mais ce sont les Sages de Sion, les monopoles, les capitalistes ou les impérialistes qui ont pris la place des dieux de l'Olympe homérique."

Prédiction et prophétie dans les sciences sociales (1948), cité par Pierre-André Taguieff dans L'imaginaire du complot mondial.

dimanche 19 novembre 2017

Le terme de 'Nakba' apparaît pour la première fois en 1938 dans un livre de George Habib Antonius

«Nakba», quasi universellement accepté comme synonyme de «création de l’Etat d’Israël en 1948»
Richard Zrehen (1949-2011), éditeur:

(...) Le terme de «Nakba» apparaît pour la première fois dans un livre de George Habib Antonius, The Arab Awakening : The Story of the Arab National Movement, publié à Londres par H. Hamilton, en 1938, pendant la «révolte arabe» (1936-1939), soulèvement conduit par le Haut Comité Arabe (présidé par le Grand Mufti de Jérusalem) contre les Britanniques – et protestation contre l’émigration juive dans la Palestine du Mandat.

De parents grecs orthodoxes, George Habib Antonius (1891-1941), élevé en Egypte et ayant fait ses études en Angleterre, est le premier a avoir consacré un ouvrage au nationalisme arabe, ce qui a longtemps fait de lui l’«historien» de référence sur le sujet pour le monde «académique» anglais et américain.
[...]. 
En 1938 paraît enfin le grand œuvre, The Arab Awakening : The Story of the Arab National Movement. Extrait de la préface : «J’ai entrepris de mener ma tâche à bien dans un esprit d’équité et d’objectivité et, bien qu’approchant le sujet sous un angle arabe, de parvenir à des conclusions non partisanes». 
En janvier 1939, G. H. Antonius arrive à Londres, pour servir de Secrétaire à la Délégation arabe devant participer à la Table-Ronde sur l’avenir de la Palestine… 
En 1941, on le retrouve à Bagdad, où il évolue dans l’entourage du Grand Mufti de Jérusalem, pour lequel il ne cache pas son admiration, et qui a déjà noué des contacts avec l’Allemagne nazie ; Bagdad, où il finira bientôt ses jours. 


Retour à «Nakba», quasi universellement accepté comme synonyme de «création de l’Etat d’Israël en 1948»: qu’en dit G. H. Antonius, voix on ne peut plus politiquement autorisée, dans son livre de 1938?
Page 312, il écrit: «L’année 1920 porte un nom maudit dans les Annales arabes: c’est l’année de la Catastrophe (Am al-Nakba). L’année du premier soulèvement armé pour protester contre les conditions d’après-guerre imposées par les Alliés aux Pays Arabes, année où des émeutes sérieuses ont eu lieu en Syrie, en Palestine et en Irak».

Quelles conditions, précisément ? 

La séparation entre la Syrie et le Liban, sous contrôle français, et la Palestine, sous contrôle britannique. En effet, le gros des arabes de Palestine avait émigré du Liban et de Syrie au cours des 50 années précédentes, attiré par l’accroissement de l’activité économique entraîné par l’arrivée d’immigrants juifs. Ces «émigrés de l’intérieur» se considéraient comme des Syriens – les Syriens aussi les considéraient comme tels –, et ces arabes de Palestine étaient enflammés à l’idée qu’une frontière, tracée par des puissances coloniales au milieu de leur patrie, puisse séparer les Syriens du Nord des Syriens du Sud – qu’on appellerait, dans les années 1960, «Palestiniens»…

Le 6 mai 2008, on pouvait lire ceci sur le site de la chaîne de télévision franco-allemande Arte:  
«60 ans d’Israël. Le 14 mai 1948 (!) l'ONU décida de créer l'Etat d’Israël – contre la volonté des Palestiniens (!!). Ce fut le début des conflits (!!!) au Proche-Orient. ARTE propose une programmation exceptionnelle à l'occasion des 60 ans de la création de l'Etat d'Israël.»
Lire l'article complet

vendredi 17 novembre 2017

Fatiha Boudjahlat: Plenel, "les juifs de maintenant ne l'intéressent guère, l'antisémitisme qu'ils subissent ne le mobilise guère"

Fatiha Boudjahlat, enseignante, cofondatrice avec Céline Pina du mouvement Viv(r)e la République:
"Plenel surcompense son rendez-vous raté avec l'histoire. Il se rêvait Jean Moulin, Zola, Schindler... aussi longtemps qu'Israël n'existait pas. Il a décidé de se consacrer aux nouveaux «juifs des années trente», les musulmans. Les juifs de maintenant ne l'intéressent guère, l'antisémitisme qu'ils subissent ne le mobilise guère, pas plus que la rédaction de Mediapart. Y a t -il seulement dans notre pays une Sarah Halimi du côté des musulmans? Ou un Ilan Halimi? Ah si, le CCIF a rapporté le vol d'un câble de cuivre dans une mosquée. Un jet de lardons sur une autre aussi. Pour combien de tags antisémites? Combien d'agressions anti musulmanes? Pour combien d'agressions anti-juives? Mediapart ne devrait pas être économe de sa capacité d'indignation et de condamnation: Tous les crimes haineux devraient nous mobiliser. Ces musulmans, Plenel les veut et ne les reconnaît que comme islamistes, dans la radicalité religieuse et politique."
Source: Figaro Vox

jeudi 16 novembre 2017

Jean-François Chemain: L’antisémitisme, c’est comme le cholestérol: il y a le "bon" et le "mauvais"

Jean-François Chemainprofesseur d'histoire en ZEP:
"L’antisémitisme, c’est comme le cholestérol: il y a le "bon" et le "mauvais". Chacun peut en effet constater que le discours antisémite est, aujourd’hui, complètement banalisé. Un grand quotidien du soir s’émouvait, pas plus tard qu’hier, de la cohabitation, au sein de la "Génération Gaza#", de "trentenaires n’ayant jamais manifesté", de "bobos muslims" et de "vieux antisémites". Touchant spectacle, en effet. Dans les dîners en ville, comme dans les salles des profs, on se lâche, ainsi qu’au bon vieux temps.

On nous ressert pourtant toujours, ad nauseam, des discours convenus sur "les heures les plus sombres de notre Histoire", l’époque de l’Occupation, de Pétain et de Xavier Vallat. Sans oublier, bien sûr, l’affaire Dreyfus… En quoi, diantre, l’antisémitisme de ces temps-là différait-il de celui du nôtre? J’interroge, naïvement, on me répond, doctement et un brin agacé: "il ne faut pas confondre antisémitisme et antisionisme!". Il y aurait donc de bonnes raisons de détester les Juifs, et de mauvaises? Que ne leur a-t-on pas reproché, aux Juifs! "Déicides" (les catholiques, jadis), "capitalistes" (l’extrême-gauche, au XIXe siècle), "apatrides" (l’extrême-droite, fin du XIXe siècle et début du XXe), "inférieurs et parasites" (les nazis), et maintenant "sionistes". Voltaire, notre icône nationale, leur attribuait tous les défauts, sauf un: "Pourquoi les Juifs n’auraient-ils pas été anthropophages? C’eût été la seule chose qui eût manqué au peuple de Dieu pour être le plus abominable peuple de la terre" (Dictionnaire philosophique, article "anthropophagie")."
Source: Valeurs Actuelles

mercredi 15 novembre 2017

Jorge Luis Borges: "Tu seras un Israélien, tu seras un soldat. Tu prendras des bourbiers pour asseoir ta patrie, des déserts pour l’élever." (poème)

Jorge Luis Borges (1899-1986), écrivain et poète argentin:


Israël 1969 
Jérusalem, au bord des eaux de Babylone 
Je redoutais que ne guettât Israël
avec une douceur insidieuse
la nostalgie que les diasporas séculaires
accumulèrent comme un triste trésor
dans les villes de l’infidèle, dans les juiveries,
au couchant de la steppe, le long des rêves,
la nostalgie de ceux-là qui te désirèrent,
Jérusalem, au bord des eaux de Babylone.
Étais-tu autre chose, Israël, que cette nostalgie,
que cette volonté de sauver
parmi les inconstantes formes du temps
ton vieux livre magique, tes liturgies,
ta solitude avec Dieu ?
Non pas. La plus ancienne des nations
est aussi la plus jeune.
Tu n’as pas tenté les hommes par les jardins
ni par l’or fastidieux
mais par la rigueur, terre dernière.
Israël leur a dit sans paroles:
Tu oublieras qui tu es.
Tu oublieras l’autre laissé là-bas.
Tu oublieras qui tu étais dans les pays
qui te donnèrent leurs soirs et leurs matins
et qui n’auront pas ta nostalgie.
Tu oublieras la langue de tes pères et tu apprendras la langue du Paradis.
Tu seras un Israélien, tu seras un soldat.
Tu prendras des bourbiers pour asseoir ta patrie, des déserts pour l’élever.
Tu seras aidé par ton frère dont tu n’as jamais vu le visage.
Nous ne te promettons qu’une chose:
ton poste dans la bataille.
Éloge de l’ombre, dans L’or des tigres, NRF, Gallimard, 1976
Traduction et mise en vers par Nestor Ibarra

mardi 14 novembre 2017

Karl Lagerfeld: "On ne peut pas tuer des millions de juifs pour faire venir des millions de leurs pires ennemis après"

Karl Lagerfeld, directeur artistique de Chanel, grand couturier, photographe, réalisateur et éditeur allemand. :
"On ne peut pas tuer des millions de juifs pour faire venir des millions de leurs pires ennemis après."

"Je connais quelqu'un en Allemagne qui a pris un jeune Syrien, qui parlait un peu anglais. Au bout de quatre jours, vous savez ce qu'il a dit à la dame? 'La meilleure invention de l'Allemagne, c'est l'holocauste'. Il était dans la rue la minute qui suit, je vous le dis tout de suite."
Source: Atlantico
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"One (Germany) cannot - even if there are decades between them - kill millions of Jews so you can bring millions of their worst enemies in their place."

"I know someone in Germany who took a young Syrian and after four days said, 'The greatest thing Germany invented was the Holocaust'".
Source: Daily Mail
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"Dazu muss ich etwas schreckliches sagen. Wir können nicht Millionen von Juden töten und Millionen ihrer schlimmsten Feinde ins Land holen". 

"Ich habe eine Bekannte in Deutschland, die einen syrischen Flüchtling bei sich aufnahm. Er sprach nur wenig Deutsch, aber nach vier Tagen sagte er, "die beste Erfindung Deutschlands ist der Holocaust."
Source: Die Presse
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lundi 13 novembre 2017

Jean-Claude Milner: "Autrefois, l’Europe se sentait encore redevable aux juifs exterminés"

Jean-Claude Milner, linguiste, philosophe et essayiste:
"Vous avez dit illimitation. Jusqu’à une date relativement récente, l’Europe élargie avait une limite. En gros, l’Oural. Au-delà de ça, on pouvait avoir les meilleures relations du monde mais ça n’allait pas de soi, c’était autre chose. Maintenant, je crois que l’on peut dire très sérieusement qu’à partir du moment où l’appartenance européenne a été définie par des critères plus formels que substantiels: l’acceptation du libre marché, l’acceptation de la libre circulation des biens et des personnes, l’acceptation en gros de la démocratie, à partir de ce moment-là, il suffit d’une distance géographique pas trop importante pour y être inclus. Voir la Turquie, cas fort intéressant. Mais si l’on dit la Turquie, pourquoi pas l’Algérie? Pourquoi pas le Maghreb? Et si l’on dit l’Algérie et le Maghreb, pourquoi pas toutes les rives méditerranéennes? Et dès lors la question de l’État d’Israël se pose. Autrefois, dans la période où l’Europe se sentait encore redevable aux juifs exterminés, la relation entre Israël et l’Europe était naturelle. Aujourd’hui, les Européens considèrent que la guerre est terminée. Que c’est vraiment pour solde de tout compte. C’est comme cela qu’il faut lire par exemple les déclarations de reconnaissance de faute par quoi Chirac a marqué les débuts de son septennat. Ça peut se lire d’une autre manière, mais je pense qu’on peut le lire aussi comme la déclaration d’un solde de tout compte: la dette est reconnue, elle est close.

Aujourd’hui, l’Europe, globalement, considère que l’État d’Israël en particulier, que l’affirmation juive de façon plus large, est une figure de limite et que par voie de conséquence elle est structurellement en position d’obstacle à l’égard de ce mouvement d’illimitation qui est maintenant celui où l’Europe s’est engagée."
Source

Lire également:
Eric Hoffer: "Ce qui adviendra à Israël sera notre sort à tous"

samedi 11 novembre 2017

Eric Hoffer: "Ce qui adviendra à Israël sera notre sort à tous"


Eric Hoffer (1902-1983) était un philosophe américain - son premier livre, The True Believer, Thoughts On The Nature Of Mass Movements (Le Vrai Croyant), publié en 1951, est considéré comme un classique - il n'était pas juif:

"Les Juifs sont un peuple particulier: ce qui est permis à d'autres nations est interdit aux Juifs. D'autres nations expulsent des milliers, et même des millions de gens, et il n'y a pas de problème de réfugiés. La Russie l'a fait, la Pologne, la Tchécoslovaquie l'ont fait, la Turquie a expulsé un million de Grecs, et l'Algérie un million de Français. L'Indonésie a expulsé, Dieu sait combien de Chinois, et personne ne dit un mot au sujet des réfugiés. Mais dans le cas d'Israël, les Arabes déplacés sont devenus d'éternels réfugiés.

Tout le monde insiste sur le fait qu'Israël doit reprendre tout Arabe. Arnold Toynbee appelle ce déplacement des Arabes une atrocité plus grande que tout ce qu'ont commis les Nazis.


D'autres nations victorieuses sur les champs de bataille dictent les conditions de la paix. Mais quand Israël est vainqueur il doit supplier pour obtenir la paix. Chacun attend des Juifs qu'ils soient les seuls vrais Chrétiens sur terre.


D'autres nations, quand elles sont vaincues, survivent et se rétablissent, mais si Israël était vaincu une seule fois, il serait détruit. Si Nasser avait triomphé, l'été dernier, il aurait effacé Israël de la carte, et personne n'aurait levé le petit doigt pour sauver les Juifs. Aucun engagement pris envers les Juifs par quelque gouvernement que ce soit, dont le nôtre, ne vaut le papier sur lequel il est écrit.


Le monde entier s'indigne quand on meurt au Vietnam, ou quand deux noirs sont exécutés en Rhodésie. Mais quand Hitler massacra les Juifs, personne ne protesta auprès de lui.


Les Suédois, qui sont prêts à rompre leurs relations diplomatiques avec les Etats-Unis à cause de ce que nous faisons au Vietnam, ne bronchèrent pas quand Hitler massacrait les Juifs. Ils envoyèrent à Hitler du minerai de fer de première qualité, des roulements à bille, et assurèrent l'entretien de ses transports ferroviaires de troupes destinés à la Norvège.


Les Juifs sont seuls au monde. Si Israël survit, ce sera uniquement grâce aux efforts des Juifs. Et aux ressources juives.


Pourtant, en ce moment même, Israël est notre seul allié inconditionnel et fiable. Nous pouvons compter sur Israël plus qu'Israël peut compter sur nous. Il suffit seulement d'imaginer ce qui se serait produit, l'été dernier, si les Arabes, avec leurs soutiens russes, avaient gagné la guerre, pour comprendre à quel point la survie d'Israël est vitale pour l'Amérique, pour l'Occident en général.


J'ai une prémonition qui ne me quittera pas: ce qui adviendra d'Israël sera notre sort à tous. Si Israël devait périr, l'holocauste fondrait sur nous. "

LA Times, 26 mai 1968
Traduction française de Norbert Lipszyc

Source: Debriefing (Menahem Macina)

Lire également:
Jean-Claude Milner: "Autrefois, l’Europe se sentait encore redevable aux juifs exterminés"

Publié par Michael Ledeen @ National Review:

vendredi 10 novembre 2017

Jean-Marcel Bouguereau: "C'est en détestant l’Occident qu’on va haïr le peuple juif"


Jean-Marcel Bouguereau, journaliste:
"Autrefois, les racistes européens haïssaient dans le juif celui qu’ils jugeaient extérieur (non chrétien, oriental, sémite...). Aujourd’hui, c’est au contraire en détestant l’Occident qu’on va haïr le peuple juif, car il symbolise désormais ce qu’on veut détruire: judéo-christianisme, capitalisme, libéralisme, impérialisme, etc. Désormais la plupart des violences contre les juifs étant le fait d’agresseurs islamistes, une certaine atonie s’installe de crainte de «stigmatiser»."


jeudi 9 novembre 2017

Ivan Rioufol: "En France les chiens aboient, en Israël la caravane passe"

Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro:

"En fait, Trump partage avec les israéliens un réalisme qui effraie la vieille Europe. Le rejet que suscite le président américain dans les médias n’est pas très éloigné de celui que rencontre l’Etat hébreu et son sionisme. La perspective de défendre une patrie quitte à passer par la guerre est une issue inacceptable pour les esprits déjà soumis à l’idéologie de la table rase. Comme le rappelait Jean-François Revel, "l’idéologie n’étant pas tirée des faits, elle ne se sent jamais réfutée par eux".

En France, la "parole libérée" n’est saluée que lorsqu’il s’agit d’accabler l’Occident. Vendredi, Le Monde a consacré un dossier à "un antisémitisme du quotidien", sans que les mots islam, musulman, Coran, ne soient prononcés une seule fois. Les bourreaux d’Ilan Halimi, dont la stèle a été profanée, y sont encore décrits comme des "jeunes de Bagneux".

Les Israéliens n’ont pas ces pudeurs, que Trump ne partage pas non plus. Le sentiment de sécurité que j’ai pu éprouver ces derniers jours dans le désert du Néguev comme dans la vieille ville de Jérusalem est à la mesure de la force mentale et de la détermination collective qui habitent cette nation. La France malade doit-elle tirer un trait sur son passé, sa culture, sa fierté, sa puissance, son dynamisme, pour plaire à ceux qui lui intiment de baisser les yeux, de courber l’échine, de s’excuser d’être encore là ? En Israël, des tomates poussent dans le désert et la voiture autonome de demain est testée dans un centre de recherche de Jérusalem. L’intention du prince saoudien, encouragé par Trump, est d’enfreindre l’interdit de faire des affaires avec les juifs. En France les chiens aboient, en Israël la caravane passe."
Bloc-Notes

mercredi 8 novembre 2017

L'assistant belge de Mengele que les Belges viennent de "découvrir"

Grâce à l'historien flamand Lieven Saerens, les Belges francophones viennent de "découvrir" que le médecin liégeois Hans Delmotte a, sous les ordres de Joseph Mengele, mené "d’horribles expériences sur des femmes, hommes et enfants juifs. Des centaines en meurent. Il rédige des articles et même sa thèse de doctorat à Auschwitz."  Or ce personnage est tout de même connu.  L'encyclopédie en ligne Wikipédia lui consacre trois pages personnelles: en anglais (depuis 2012),  en allemand (2010) et même en suédois (2013).  Suite aux révélations de Lieven Saerens, une page consacrée au SS Obersturmführer Hans Delmotte a été créée en français (25.10.2017), toute la bibliographie concernant l'individu est en allemand et anglais - rien en français.

RTBF:
L’assistant de Joseph Mengele était Liégeois. Si sa biographie est bien étudiée par les historiens allemands, c’est curieusement moins le cas chez nous. L’historien flamand Lieven Saerens met en lumière le rôle et l’activité de ce collaborateur du médecin de mort du camp d’Auschwitz dans le livre "La haine est une vertu".

Il porte un prénom allemand: Hans. Mais son nom de famille est bien liégeois: Delmotte. Il est né en 1917 à Liège et devient, pendant la guerre, citoyen allemand. Hans Delmotte intègre un poste d’attaché à " l’Institut pour l’hygiène des races". Officier médecin de la SS, Hans Delmotte devient en 1944, l’assistant direct et officiel de Joseph Mengele, " l’ange de la mort ", au camp d’extermination d’Auschwitz. Il est chargé d’abord de la sélection des juifs sur la rampe de Birkenau où arrivent les trains. Il hésite pourtant, invoquant, selon les témoignages, le serment d’Hypocrate. Il en vomit même et refuse, préférant être envoyé sur le front de l’Est.

Selon les mêmes témoignages, c’est sa femme qui le pousse, par ambition, à accepter de pratiquer des expériences sur des " cobayes humains ". Il injecte le typhus pour observer les conséquences sur les corps. Il mène d’horribles expériences sur des femmes, hommes et enfants juifs. Des centaines en meurent. Il rédige des articles et même sa thèse de doctorat à Auschwitz. (...)

Hans Delmotte, un personnage à part dans la collaboration, et qui n’est pas le seul à avoir participé à la persécution et à l’extermination des juifs.

Dans son ouvrage "Haat is een deugd” (La haine est une vertu),  Lieven Saerens démontre qu’il existe beaucoup plus de Belges persécuteurs de juifs que ce qui est généralement admis. La vérité à ses droits.

Hasard de l'homonymie (Delmotte)?


Les Belges francophones connaissent bien un autre Delmotte.  Il s'agit de Paul Delmotte, ancien professeur à l'IHECS.  Delmotte, membre de l'Association Belgo-Palestinienne Wallonie-Bruxelles, écrit de nombreux articles à charge d'Israël et a signé l'appel pour le retrait du Hamas de la liste de européenne des organisations terroristes.  On notera, par ailleurs, que proportionnellement à sa population c'est en Belgique que la pétition a recueilli de loin le plus de signatures.  La charte du Hamas est explicite et appelle à l'extermination des Juifs et c'est pour cette raison que le mouvement est considéré, en Europe, comme étant un groupe terroriste:

Article 7: "Le Prophète, qu'Allah le bénisse et lui accorde le salut, a dit: Le jour du Jugement ne viendra pas tant que les Musulmans combattent les Juifs (tuent les Juifs) et tant que les Juifs se cacheront derrière des pierres et des arbres. Les pierres et les arbres diront: Oh! Musulmans, Oh! Abdulla, il y a un Juif derrière moi. Viens et tue-le. Seul, l'arbre Gharkad ne le dira pas parce que c'est l'un des arbres des Juifs. (narré par al-Bukhari et un Musulman). Les pierres et les arbres diront musulmans O, O Abdallah, il ya un Juif derrière moi, viens le tuer."


mardi 7 novembre 2017

Alain Finkielkraut: "Le commissariat aux affaires juives de Tariq Ramadan"


Alain Finkielkraut réagit aux déclarations de l’intellectuel musulman Tariq Ramadan, qui l’a accusé, avec d’autres, de soutien inconditionnel à Israël. Et s’étonne de la complaisance de certains médias à l’égard d’un nouvel antisémitisme. Propos recueillis par Elisabeth Levy (2003):
Le temps des antisémites sympas
Le Figaro Magazine - Tariq Ramadan, intellectuel musulman considéré par les uns comme un islamiste sulfureux et par les autres comme le symbole d’un islam modernisé, a défrayé la chronique en dénonçant, dans un texte, les intellectuels juifs, coupables, selon lui, de soutenir inconditionnellement Israël. Au-delà de sa personne, le soutien que lui a apporté la mouvance altermondialiste marque un tournant. Que vous inspire cette micro-affaire ?
Alain Finkielkraut - Le commissariat aux affaires juives de Tariq Ramadan n’est pas encore très professionnel. Aussi fait-il de Pierre-André Taguieff un Juif, ce que celui-ci n’est pas. Mais trêve de plaisanterie. Quand Le Pen dresse des listes de Juifs suspects, il est cloué au pilori, quand c’est Tariq Ramadan, il est hissé sur l’empyrée, c’est-à-dire, les choses étant ce qu’elles sont, invité à « Tout le monde en parle ». C’est une preuve supplémentaire d’un chassé-croisé entre un antisémitisme raciste, identitaire, vieille France, qui ne cesse de régresser, et un antisémitisme compatissant que rien n’arrête et qui veut notre peau au nom de la reconnaissance de l’homme par l’homme.

Desinfos

Lire également:
Conférence de Tariq Ramadan et d'un disciple de Garaudy annulée (Bruxelles, novembre 2017)

Jacques Julliard: "Au pays des droits de l'homme, les Juifs ont peur"

Jacques Julliard, essayiste:
"Pour la deuxième fois en deux ans, la stèle à la mémoire d'Ilan Halimi, ce jeune Juif enlevé et torturé à mort en 2000 par ceux qui se nommaient eux-mêmes "le gang des barbares", avec à leur tête Youssouf Fofana, a été profanée à Bagneux.

Au-delà de ces actes ignobles, voici le fait massif qui devrait jeter dans la rue, de dégoût et de colère, les Français de toutes appartenances: soixante-quinze ans après Auschwitz, nos compatriotes juifs ont peur. Ils déménagent, ils désertent les banlieues. Ils quittent la France sur la pointe des pieds! Au pays de l'abbé Grégoire, d'Émile Zola, de Marc Bloch et de Jean Moulin, au pays des droits de l'homme ou qui se croit tel, les Juifs ont peur!

Monsieur le Président de la République, c'est à vous que je m'adresse, ainsi qu'à tous les chefs de l'opposition: n'aurons-nous pas enfin une réaction massive, à la hauteur de la honte que nous ressentons? Qu'attendons-nous?

Il m'est arrivé naguère, du temps où la parole était libre, d'être interrogé par mes étudiants sur l'acceptation silencieuse, résignée, par les Français de l'époque, de l'antisémitisme du régime de Vichy et de ses sbires. Ma réponse, la voici: regardez donc la France de 2017 et vous comprendrez!"
 Le Figaro

lundi 6 novembre 2017

Conférence de Tariq Ramadan et d'un disciple de Garaudy annulée (Bruxelles)

En octobre, le European Muslim Network et la Ligue des Musulmans de Belgique annonçaient la tenue d'une conférence à Bruxelles le 24 novembre avec Tariq Ramadan et le professeur de religion islamique belge Yakob Mahi, dont le "maître spirituel" est le négationniste Roger Garaudy.
"EuropeanMuslimNet @EuropeanMuslimN · Oct 15

A VOS AGENDAS!
PROCHAINE CONFERENCE VENDREDI 24 NOVEMBRE A 19H AVEC MALIKA HAMIDI, YACOB MAHI ET TARIQ RAMADAN.
INFORMATIONS A VENIR!"
 Dans un article intitulé Yacob Mahi, digne héritier de Garaudy, le Centre Communautaire Laïc Juif (CCLJ) remarque:
"Fréquemment sollicité par les médias belges pour exposer un point de vue musulman moderne, le professeur de religion islamique Yacob Mahi ne peut s’empêcher de nazifier Israël, ni d’exprimer ouvertement sa fidélité inconditionnelle au négationniste français Roger Garaudy." 
M. Mahi a précisé sa dévotion à Roger Garaudy au CCLJ:
"Ma fidélité à mon Maître à penser, Roger Garaudy, paix sur son âme, vous irrite. Philosophe de renommée mondiale, qui n’a cessé de dénoncer des idées semblables à vos allégations, il était constructeur du dialogue des civilisations et disait: “Le sionisme est une hérésie du judaïsme, il a substitué au Dieu d’Israël l’Etat d’Israël”. Votre pensée unique ne m’intimide pas face à la critique d’une politique, ou d’une histoire officialisée. Toute pensée officielle réinterrogée et soumise au doute, afin de la relire, et la réécrire en pensée réformée, ne peut s’apparenter à un dogme".
Par ailleurs, plusieurs médias belges francophones, dont la RTBF, faisaient état en 2015, donc quelques mois après l'article du CCLJ, qu'une enquête était ouvert "pour attentat à la pudeur et harcèlement contre Yacob Mahi". Les médias ont également rapporté cette affaire: Elève tabassé à Anderlecht : Yacob Mahi contre-attaque violemment.


Pour des raisons évidentes, la conférence a été annulée:
INFORMATION : Pour des raisons de sécurité et organisationnelles, nous vous informons que l'équipe du European Muslim Network a finalement pris la décision de reporter sa prochaine conférence.  
Le climat de tension alimenté par les médias autour de notre président, le Professeur Tariq Ramadan, change la donne et ne permet pas de maintenir un climat serein de dialogue au cours de la soirée. 

samedi 4 novembre 2017

"Ces juifs apeurés qui déménagent pour fuir l'antisémitisme"

Stéphane Kovacs @ Le Figaro (Ces Français juifs qui fuient la violence des banlieues):

"En Seine-Saint-Denis, particulièrement touchée, les actes antisémites seraient «encore plus nombreux» dans les communes communistes, selon Sammy Ghozlan, président du BNVCA. «Certains élus font du palestinisme sans discernement: jumelages avec des villes palestiniennes, soutien au mouvement Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS), contre les produits israéliens, et quand il y a des manifestations sociales, on laisse des gens crier “mort aux juifs!”, explique-t-il. Beaucoup se plaignent aussi que leur dossier de retraite ou de Sécu ne soit pas traité sérieusement. Résultat: 60.000 juifs d’Île-de-France ont déménagé ces dix dernières années.» Au profit notamment des XVIe et XVIIe arrondissements de Paris. «Il y a cinq ans, il y avait trois restaurants casher dans le XVIIe, précise Sammy Ghozlan. Aujourd’hui, il y en a une centaine.»"

vendredi 3 novembre 2017

Norbert Elias: Le chemin qui mène aux chambres à gaz dans une solitude totale

Norbert Elias (1897-1990) était un écrivain et sociologue allemand:
"Le concept de solitude s'applique aussi à des êtres humains qui vivent au milieu de beaucoup d'autres, pour qui ils n'ont eux-mêmes aucune signification, à qui il est indifférent qu'ils existent ou non, qui ont coupé le dernier pont affectif avec eux.  [...]  Le chemin qui mène aux chambres à gaz en est un autre.  Des femmes et des enfants, des hommes jeunes et vieux y furent poussés vers la mort, nus, par des êtres humains qui avaient brisé tout sentiment d'identité, de compassion.  Et comme ces êtres que l'on poussait vers la mort, impuissants, avaient été rassemblés la plupart du temps de façon tout à fait arbitraire et ne se connaissaient pas entre eux, chacun d'entre eux, dans la foule des autres êtres humains, était dans une solitude totale.

Cet exemple extrême peut nous rappeler à quel point la signification des êtres humains pour d'autres humains est fondamentale et irremplaçable.  En même temps, il montre ce que cela veut dire, pour des mourants, que de devoir éprouver ce sentiment - alors qu'ils sont encore en vie - qu'ils sont déjà exclus de la communauté des vivants par les vivants eux-mêmes."
La Solitude des Mourants, Christian Bourgeois, Éditeur, 1987, p. 87



Lire également:
W. Rabinovitch: Les Juifs ont été "la balayure du monde" et contre eux "chacun avait licence"

jeudi 2 novembre 2017

Barbara Lefebvre: "L'antisémitisme est un baromètre social"


Barbara Lefebvre, enseignante:
"On peut donc parler d'antisémitisme musulman sans viser tous les musulmans, comme on parlait de l'antijudaïsme chrétien sans oublier les chrétiens amis des juifs. L'antisémitisme est un phénomène qui a une réalité historique, sociale, culturelle. Un individu croit qu'en accusant les juifs de tous les maux de la terre ou de tous ses maux à lui, il trouve la réponse à ses problèmes, ses doutes, ses interrogations. Mais il n'a pas choisi le sujet juif au hasard, il a baigné dans une culture de préjugés qui a mis les juifs à cette place d'accusés éternels. Il faut être aveugle et sourd pour ne pas voir combien l'animosité antijuive irrigue les sociétés arabes contemporaines. Qu'on y parle alternativement «des juifs» ou «des sionistes», cela ne fait aucune différence. Mais la bien-pensance qui règne en France oblige à dire que seuls les islamistes sont antisémites, que l'antisionisme n'a rien à voir avec l'antisémitisme, que c'est l'antisémitisme occidental qui a été importé dans le monde arabe, et même depuis peu que les actes antisémites sont le fait de psychotiques. Négation de l'histoire. Aveuglement fatal. [...]

L'antisémitisme est un baromètre social. Beaucoup de Français non juifs ne sont apparemment toujours pas assez connaisseurs de l'histoire pour le mesurer."
Figaro Vox

mercredi 1 novembre 2017

W. Rabinovitch: Les Juifs ont été "la balayure du monde" et contre eux "chacun avait licence"

En ce jour des morts.

Wladimir Rabinovitch, 1906-1981, connu sous le pseudonyme de Rabi, était un juriste et écrivain français:
"Non, jamais plus nous serons comme les autres.  Nous ne pouvons oublier.  Nous n'oublierons jamais. Nous avons été "la balayure du monde".  Contre nous chacun avait licence.  Et c'est cela, mes amis, qui nous sépare de vous dans la liberté retrouvée, comme nous avons été séparés de vous sous l'Occupation.  Nous sommes, désormais, des SÉPARÉS.  Et nous sommes aussi les martyrs, c'est-à-dire les témoins, les témoins de l'abjection humaine."
Revue Esprit, Les Juifs parlent aux Nations, Septembre 1945

lundi 30 octobre 2017

Francis Huster: "C’est une honte qu’Israël ne fasse pas partie de la francophonie"


Francis Huster, acteur, metteur en scène, réalisateur et scénariste: 
"C’est une honte qu’Israël ne fasse pas partie de la francophonie, un pays qui compte des centaines de millers de francophones. Cette honte, cette lâcheté dont la France est responsable, nous allons y remédier avec la culture."
Source: Tel-Avivre

dimanche 29 octobre 2017

Ulrich Beck: "Le visage hideux de l’antisémitisme n’est pas nouveau" (2003)

Ulrich Beck (1944-2015) était un sociologue allemand:

"Une forme de vision sélective se manifeste chez les Allemands et les autres Européens. On proteste contre la pugnacité des Israéliens en ignorant avec désinvolture la terreur des attentats-suicides par laquelle des Palestiniens tyrannisent la société civile israélienne. Quand une Palestinienne se fait sauter dans un café où se trouvent également des Israéliennes et leurs enfants, on entend dire parfois qu’il faudrait aussi considérer - non pour excuser mais pour comprendre - qu’on a affaire à des victimes dont les actes ne font que refléter l’oppression subie et qu’on ne saurait sans autre forme de procès attendre de Palestiniens si profondément atteints dans leur dignité qu’ils reconnaissent que faire sauter des enfants est, au sens strict du terme, inadmissible. [...]

Le visage hideux de l’antisémitisme n’est pas nouveau. Ce qui l’est, en revanche, c’est l’enchevêtrement du global et du local au sein des conflits, c’est la globalisation du conflit israélo-palestinien. Et c’est ce paradoxe qui fait que c’est précisément la sensibilité aux droits de l’homme - et la critique d’Israël qui en découle - qui vient menacer les digues édifiées contre l’antisémitisme."
Source

Lire également:
François Bluche, historien, compare Israël à la Prusse de 1740

samedi 28 octobre 2017

Walter Hollstein: "Avec les Juifs, les Arabes expient les crimes du fascisme allemand"

"On a aussi de quoi s'étonner en lisant tel ouvrage [de Walter Hollstein, 1972] sous-titré Zur Sozialgeschichte des Palästina-Konflikts ("L'Histoire sociale du conflit palestinien"), qui a été très remarqué et beaucoup lu en Allemagne et qui commence par cette phrase tout à fait pernicieuse: "Les Juifs, qui ont souffert comme aucun autre peuple durant les millénaires de leur histoire, en font maintenant souffrir d'autres au Proche-Orient."  Reprenant librement la fréquente allégation selon laquelle Israël mènerait une politique dont le seul objectif serait de profiter de la Shoah, l'auteur ajoute que les crimes des Allemands auraient donné "'carte blanche' aux Juifs du Proche-Orient".  Il réussit également à écrire non sans virtuosité sur les "protestations", "émeutes" et "grèves" arabes des années 1921, 1929 et 1937, sans jamais évoquer le terrorisme arabe et ses victimes.  En exposant les faits de cette manière on ne peut considérer la création de l'État juif que comme une "injustice": "Lorsque le national-socialisme eut amorcé son déclin politique, il trouva  indirectement une autre victime: avec les Juifs, les Arabes expient les crimes du fascisme allemand.""
Walter Hollstein, Kein Frieden um Israel. Zur Sozialgeschichte des Palästina-Konflikts, S. Fischer, 1972

vendredi 27 octobre 2017

Accusation: les étudiants israéliens en Belgique sont des agents du Mossad

A l'occasion du Festival du Film Solidaire, le centre culturel de Nivelles, près de Bruxelles, a projeté le film, This is my Land, de Tamara Erde, une réalisatrice de gauche franco-israélienne. Le projection a été suivie d'un débat avec Marianne Blume.  Ca fait des années que Marianne Blume est invitée à de nombreux événements organisés en Belgique francophone dont l'objectif est de littéralement "démolir" Israël.  

Elle est membre de l'Association Belgo-Palestinienne Wallonie-Bruxelles (ABP).  Celle-ci existe et prospère depuis plus de 40 ans, sous la houtette de Pierre Galand, pour lequel Israël est un état voyou.  Cette association belge francophone est vraisemblablement la plus ancienne au monde dont le seul but est d'inculquer la haine, le dégoût et la peur d'Israël, en lançant des appels au boycott, en créant des tribunaux pour juger Israël, en organisant des voyages, des cours, des conférences etc.  L'ABP se flatte d'avoir "aussi des comités locaux qui travaillent dans vos régions vers les citoyens et décideurs  des quatre coins de la Belgique francophone: Bruxelles – Liège –  Wallonie Picarde – Mons – Namur".

Le magazine flamand Joods Actueel rapporte que, lors du débat qui a suivi la projection du film, Marianne Blume a déclaré que presque tous les jeunes israéliens qui étudient en Belgique sont des agents du Mossad. "Tout ce qui vient d'Israël devrait être boycotté", a-t-elle ajouté.

Elle a également insinué qu'Israël est un corps étranger au Moyen-Orient.


Marianne Blume a dénoncé le fait que la Belgique coopère avec Israël dans la lutte contre le terrorisme.
Elle a soutenu qu'une telle coopération est une "menace pour la démocratie belge". 


L'événement était organisé par une femme politique de centre-droit (CDH), Evelyne Vanpée, conseillère à la ville - le bourgmestre de Nivelles est également de droite (MR). Contactée au sujet des déclarations et accusations de Marianne Blume, Mme Vanpée a précisé qu'elle n'y était pas et n'a exprimé aucun regret.  


En 2008, Evelyne Vanpée a participé, avec l'ancien ministre socialiste André Flahaut, à un événement de rue également à Nivelles où les Israéliens furent comparés aux nazis. A l'époque, le Centre Simon Wiesenthal avait exprimé sa révulsion face à la manipulation répugnante de l'opinion publique mise en scène à Nivelles.

Il est donc inexact de prétendre que seules la gauche et l'extrême gauche font de l'Israël-bashing.  

On peut supposer que Marianne Blume, dont le fonds de commerce très apprécié est la propagation de la haine d'Israël et même de ses enfants, et qui est une conférencière très sollicitée dans ce domaine, colporte régulièrement ce genre d'accusations anti-israéliennes et de théories de complot devant un public réceptif à ce type de discours.


Ses attaques contre de jeunes étudiants israéliens sont particulièrement inquiétantes. En prétendant que c'est un secret de Polichinelle qu'ils sont des espions, elle et ses nombreux partisans mettent leur sécurité en danger. Non seulement ça, mais le sous-entendu que ces jeunes portent un grave préjudice aux valeurs et à la sécurité de la Belgique (et par extension à d'autres pays européens?) sont le reflet d'une réelle peur.  Il n'y a aucun que ces gens sont absolument convaincus de ce qu'ils disent et qu'ils ont peur d'Israël. 

De telles accusations ont été proférées dans un centre culturel géré par les autorités de la ville sans qu'il y ait eu la moindre contradiction de la part des organisateurs et du public. 

Il convient de saluer Joods Actueel d'avoir dénoncé la teneur d'un tel événement.  L'affaire a été relayée sur Internet. 

At film screening, "expert" says that all Israeli students in Belgium are Mossad agents
Belgium: Israeli students in Belgium accused of being Mossad agents
’Almost all young Israelis who study in Belgium are Mossad agents'

jeudi 26 octobre 2017

Philippe Val: Pascal Boniface a "semé une petite graine scandaleuse qui a fini par germer"


Philippe Val est chroniqueur et essayiste:
"Pour avoir la paix aujourd'hui, on laisse germer la graine d'une discorde qui adviendra demain.

Ce qui s'est passé au Parti socialiste avec Pascal Boniface en 2001 en est éclairant.  Chargé de remettre au bureau politique une étude sur la politique étrangère, il propose un changement de cap.  Il s'agissait de rompre avec la politique "trop équitable" du PS, dans le conflit israélo-palestinien, et d'afficher un antisionisme qui ne manquerait pas de séduire les quelques millions d'électeurs français issus du monde musulman.  La France ne comptant plus que quelques centaines de milliers de Juifs, le bénéfice électoral était vite calculé.  Si le PS voulait revenir au pouvoir, il fallait qu'il lâche Israël.

A l'époque, le rapport de Boniface a fait scandale, et il a été exclu du bureau politique du Parti socialiste.  S'il a perdu sur le moment, il a gagné à moyen terme.  Car, au fond, il avait semé une petite graine scandaleuse qui a fini par germer, et qui, en l'espace de quinze ans, a envahi une bonne partie du jardin socialiste, à l'exception d'un courant désormais extrêmement minoritaire. Disons, pour faire vite, que seuls les rocardo-doloristes, d'où sont issus Delanoë, Valls et quelques autres, sont restés irréprochables.  Ils sont largement détestés par la "vraie gauche"."
Malaise dans l'inculture, Grasset (pp. 192-193), 2015

Note: "Pascal Boniface, Directeur de l’IRIS, s’est vu attribuer les insignes d’officier de la Légion d’honneur par Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, jeudi 17 octobre 2013 au Quai d’Orsay."

Lire également:
Philippe Val: "le conflit israélo-palestinien, véritable trou noir journalistique"

mercredi 25 octobre 2017

Alain Besançon: "Il y a une matrice de compréhension commune au christianisme et au judaïsme"


Alain Besançon est historien, membre de l'Institut et directeur d'études à l'EHESS:
"Les liens entre la religion juive et la religion chrétienne sont différents des liens avec l'islam. Pour les chrétiens, il y a une continuité entre l'Ancien Testament et le Nouveau Testament. Le christianisme naît d'une annonce juive (le messie) et les titres de créances de la religion catholique sont tous dans l'Ancien Testament. En outre, il y a une matrice de compréhension commune au christianisme et au judaïsme. Cette matrice est la notion d'alliance entre Dieu et son peuple. Cette notion d'alliance n'existe pas dans l'islam. Il n'y a pas l'équivalent dans cette religion de l'alliance passée avec Abraham, Moïse et le Christ. Enfin la prière du christianisme est fondamentalement celle des juifs, c'est-à-dire les psaumes. Il faut rappeler que les écritures juives et chrétiennes sont considérées, dans l'islam, comme des écritures falsifiées. Dans le monde musulman, la Bible n'est pas éditée. Elle est interdite parce qu'elle est considérée comme fausse. Ce qui reste valable dans la Bible se trouve dans le Coran, pas dans la Bible."
Le Figaro

mardi 24 octobre 2017

Isaiah Berlin: "Les Israéliens n'ont pas de problème existentiel"

Isaiah Berlin (1909-1997) était un philosophe politique et historien des idées sociales et politiques en Occident. Ramin Jahanbegloo est un philosophe politique iranien et un professeur d'université.
Pensez-vous que la fondation de l'État d'Israël a résolu le problème juif?

Pour les Juifs pris en tant qu'individus, non.  Pas le problème personnel mais le problème politique, oui.  Les Israéliens n'ont pas de problème existentiel. Il existe à coup sûr d'autres problèmes auxquels ils sont confrontés, et des problèmes sérieux, mais ils se sentent tout à fait bien dans leur peau. C'est cela que je veux dire.  Ils ont payé le prix, mais le résultat semble en valoir la peine.  Même les Juifs américains qui ont soutenu Israël se sentent moins étrangers aux Etats-Unis que dans les années trente. 
De la même manière que les Grecs ont la Grèce, les Allemands l'Allemagne, les Juifs ont une patrie en Palestine, à Jérusalem.  Sur un plan psychologique, c'est une patrie de substitution. Les Juifs d'origine polonaise ne sentent pas leurs racines en Pologne.  Si les Juifs ne possèdent pas de racines géographiques réelles, en imaginer d'autres les a rendus heureux, grâce à un prodigieux acte de restitution psychologique: le fait d'être décolonisé.

 En toutes libertés, Entretiens avec Ramin Jahanbegloo, Editions du Félin, (p. 111), 1990

Voir également:
Alexandre Kojève, penseur hégélien: "Les Juifs ont l'histoire la plus intéressante de tous les peuples"

lundi 23 octobre 2017

D. Duquesne: "un substrat culturel haineux fort envers la France et tout ce qui n'est pas musulman, dont la haine du juif tient une place prépondérante."


David Duquesne, vice président de la France de Marianne:


"Ce qui va suivre les crimes de Merah sera beaucoup plus révélateur et les vraies causes seront minimisées , voire cachées par nos médias et nos politiques.

Alors qu'on nous vend l'hypothèse d'un loup solitaire, le frère aîné de Mohamed Merah, Abdelghani dénonce dans son livre, «Mon frère, ce terroriste», que toute sa famille, à part lui, est radicalisée, que son frère Abdelkader se fait appeler Ben Laden et que ce dernier a failli le tuer en le poignardant car il avait comme compagne une femme d'origine juive!

On perçoit toute l'horreur du contexte quand il enregistre sa mère en train d'affirmer que «le prophète autorise les musulmans à tuer les enfants des juifs!», on pourrait relativiser cela a une famille, mais Abdelghani donne un témoignage glaçant dans son livre, «Lorsque les médecins légistes ont ramené son corps à la maison, des gens sont venus, ils faisaient des youyous, ils disaient qu'il avait mis la France à genoux, qu'il avait bien fait, mais estimaient regrettable qu'il n'ait pas tué plus d'enfants juifs....»

Contexte qui rejoint cette scène surréaliste où Latifa Ben Ziaten, mère d'un des soldats tués, s'entend dire par de nombreux gamins du quartier que Mohamed Merah est un modèle, un Shaheed, un héros de l'islam! (...)

Nul ne veut mettre en avant le fait que nous sommes confrontés à un substrat culturel haineux fort envers la France et tout ce qui n'est pas musulman, dont la haine du juif tient une place prépondérante."
Le Figaro

dimanche 22 octobre 2017

Pascal Bruckner dénonce l'attitude: "L’antisémitisme, ça suffit. C’est une vieille rengaine qu’on ne veut plus entendre"


Pascal Bruckner, philosophe et essayiste:

Comment expliquez-vous le silence médiatique qui a entouré le meurtre de Sarah Halimi? Indifférence, lassitude, volonté de ne pas “faire le jeu” de tel ou tel parti à l’approche de la présidentielle?

Pour comprendre ce scandaleux silence, il faut partir d’un constat fait par un certain nombre de nos têtes pensantes de gauche et d’extrême gauche: l’antisémitisme, ça suffit. C’est une vieille rengaine qu’on ne veut plus entendre. Il faut s’attaquer maintenant au vrai racisme, l’islamophobie qui touche nos amis musulmans. Bref, comme le disent beaucoup, le musulman en 2017 est le Juif des années 30, 40. On oublie au passage que l’antisémitisme ne s’est jamais adressé à la religion juive en tant que telle mais au peuple juif coupable d’exister et qu’enfin dans les années 40 il n’y avait pas d’extrémistes juifs qui lançaient des bombes dans les gares ou les lieux de culte, allaient égorger les prêtres dans leurs églises.

Juste une remarque statistique : depuis Ilan Halimi, kidnappé et torturé par le Gang des Barbares jusqu’à Mohammed Mehra, l’Hyper casher de Vincennes et Sarah Halimi, pas moins de dix Français juifs ont été tués ces dernières années parce que juifs par des extrémistes de l’islam. Cela n’empêche pas les radicaux du Coran de se plaindre de l’islamophobie officielle de l’Etat français. Ce serait à hurler de rire si ça n’était pas tragique ! Dans la doxa officielle de la gauche, seule l’extrême droite souffre d’antisémitisme. Que le monde arabo musulman soit, pour une large part, rongé par la haine des Juifs, ces inférieurs devenus des égaux, est impensable pour eux.

Valeurs Actuelles


samedi 21 octobre 2017

Chr. Delacampagne: L'État d'Israël n'a été "volé" à personne


Christian Delacampagne (1949-2007), philosophe et écrivain:

"A/  Depuis la Shoah, à cause de la Shoah et à cause de la longue histoire d'antisémitisme qui a rendu possible la Shoah et qui n'est manifestement pas terminée (ni en Europe, ni dans le monde musulman), il existe une nécessité vitale, pour le peuple juif, de disposer à nouveau d'un État propre - d'un  État semblable à celui dont il disposait en Judée avant la conquête romaine et l'écrasement (en l'an 135 de notre ère) des dernières révoltes juives, point de départ historique de la diaspora.

B/  Pour des raisons évidentes, le lieu où il était le plus légitime, en 1948, de recréer cet  État était la Palestine, terre où s'est déroulée, pendant les mille ans précédant la conquête romaine, l'essentiel de l'histoire juive, et où une présence juive - discrète mais continue - n'a cessé de se manifester jusqu'au début du XXe siècle.

C/  Cet  État n'a été "volé" à personne, car la Palestine - qui n'a jamais formé dans sa totalité un  État  indépendant, et qui n'a guère eu conscience, avant le début du XXe siècle, de constituer une "nation" distincte des autres au sein du monde arabe - était à l'époque sous mandat britannique après n'avoir été, pendant des siècles, qu'une province de l'Empire ottoman."

 Islam et Occident - Les raisons d'un conflit, éd. PUF, (pp. 115-116), 2003


vendredi 20 octobre 2017

Alexandre Adler: Les Juifs sont en France de toute éternité.  "Ils ont fait partie de la France médiévale, même de la France antique"


Alexandre Adler, historien et journaliste français, spécialiste des relations internationales:

"J'admets parfaitement que l'organisation de l'immigration maghrébine et de nouvelles immigrations en France pose des problèmes spécifiques. [...]   
Mais qu'on me permette de dire quand même que le problème des Juifs en France n'est pas tout à fait semblable.  Les Juifs sont dans ce pays de toute éternité.  Ils ont fait partie de la France médiévale, même de la France antique.  Ils ont ensuite, après une période d'expulsion assez brève et qui n'a jamais été complète sur tout le territoire français, assuré un rôle important dès le XIXe siècle.  Deux communautés qui ont toujours donné la tonalité principale au judaïsme français, la communauté alsacienne chez les Ashkénazes et la communauté algérienne chez les Séfarades, ont totalement adhéré à l'identité française.  Et les autres, qui sont venues par la suite, se sont beaucoup référées à ce mode d'assimilation.

Donc, mettre en avant le problème de la communauté juive en France aujourd'hui comme on le fait, c'est souvent remettre en cause un processus qui a depuis longtemps été réglé.  Nous n'en sommes pas au XIXe siècle, à l'affaire Dreyfus, où à l'époque de l'Entre-deux-guerres.  Il est clair que les Juifs sont français, qu'ils sont de bons citoyens français et  cela ne devrait pas leur interdire de s'exprimer en tant que Juifs."

Conversation sur les sujets qui fâchent, de Gilles-William Goldnadel et Alexandre Adler, en collaboration avec Clément Weill-Raynal, Ed. Jean-Claude Gawsewitch, (pp. 93-94), 2008.


jeudi 19 octobre 2017

Sylvain Gouguenheim: Ni le christianisme ni le judaïsme ne sont des "religions du Livre"


Sylvain Gouguenheim, historien médiéviste:

"... le christianisme, ni même le judaïsme, ne sont des "religions du Livre".  Les Juifs restent fidèles aux rouleaux, à ces textes séparés, tandis que c'est aux Ecritures, non à la Bible, que le christianisme reconnaît la vertu de témoins de la Révélation. Leur texte peut être lu sous des modes variables: bible entière, livres extraits, fragments ou versets. Il n'y a pas de culte de l'objet "Livre", doutant que les Ecritures, même inspirées, ne sont pas éternelles et oeuvre divine, mais historiques et oeuvre humaine, susceptibles de multiples interprétations."

Le Moyen Âge en questions, Tallandier, Texto, (p. 184), 2012.

mercredi 18 octobre 2017

Jean-Michel Sallmann: "l'État d'Israël, que les pays arabo-musulmans considèrent comme une simple entreprise coloniale de l'Occident"


Jean-Michel Sallmann, Professeur d’histoire moderne à l’université Paris X-Nanterre , il a notamment publié Le Grand Désenclavement du monde (1200-1600) (Payot, 2011):
"Les États qui se réclament de la religion musulmane ont connu une sévère éclipse à partir du XVIIIe siècle, mais la création de l'État d'Israël, que les pays arabo-musulmans considèrent comme une simple entreprise coloniale de l'Occident, et le dynamisme démographique de l'islam ont contribué au réveil du monde musulman depuis un demi-siècle.  L'affrontement sanglant auquel nous assistons aujourd'hui n'est qu'un retour à une situation qui prévalait encore au XVIe siècle. Notons cependant une différence capitale: la présence de fortes communautés arabo-musulmanes au sein même des sociétés occidentale qui, conjuguée à l'affaissement du christianisme en Europe, pourrait préluder à l'islamisation à plus ou moins long terme du continent européen."
Nouvelle histoire des relations internationales, tome 1: Géopolitique du XVIe siècle (1490-1618),  Le Seuil, "Points histoire", (p. 358), 2003.


mardi 17 octobre 2017

Philippe Val: "le conflit israélo-palestinien, véritable trou noir journalistique"

Philippe Val:
"Mais le conflit israélo-palestinien, véritable trou noir journalistique, s'enracine dans une histoire qui remonte au XIXe siècle, marquée par l'affaire Dreyfus, élément déterminant de la réflexion de Theodor Herzl, le fondateur du sionisme.  Or, quel envoyé spécial, avec son oreillette et son micro à la mai,n filmé sur fond de bâtiment bombardé, sait qui était Amin al-Husseini?  Que sait-il du grand mufti de Jérusalem, prédécesseur d'Arafat et ami d'Hitler auquel il demanda de l'aide pour bâtir des camps d'extermination pour les Juifs du Moyen-Orient, vingt ans avant la création de l'Etat d'Israël?  Que sait-il de l'Empire ottoman, et des conséquences géopolitiques de la domination anglaise et française, de Lawrence d'Arabie?  Que savent-ils  du passé de cette région et du rôle qu'y tenait la France jusqu'à la conférence de presse de De Gaulle en 1967?  Comment peuvent-ils élaborer un commentaire géopolitique à peu près équitable, alors qu'au fond, ils ne veulent rien savoir qui pourrait contredire leur opinion toute faite? (...)

Ce journalisme bourgeois européen est la manifestation d'une peur honteuse. Il s'adresse à un public volatil, qui désire, dans les moments de crise, lire dans les journaux ce dont ils sont déjà convaincus.

Mais la véritable audience, le gros public du journalisme, celui à reconquérir, est à l'opposé. C'est un public cultivé, capable de se forger une opinion, non un citoyen qui sait, mais c'est un citoyen qui désire savoir."
Malaise dans l'inculture, Grasset (pp. 271-2), 2015

lundi 16 octobre 2017

Ivan Rioufol: L'envolée de l’antisémitisme est le résultat de l’aveuglement des professionnels de l’antiracisme

Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro:
"Cette envolée de l’antisémitisme est le résultat de l’aveuglement complaisant des professionnels de l’antiracisme. Leurs impostures se mesurent aux tensions communautaires qu’ils ont laissé croître. Pour avoir focalisé leurs critiques sur l’extrême droite, les donneurs de leçons n’ont jamais admis les dérives, racistes et haineuses, de certains de leurs protégés issus de l’immigration maghrébine et africaine. Pire: les belles âmes se sont souvent employées à rendre la France ou Israël responsables de tout, en excusant les violences anti-occidentales ou anti-juives. Jamais elles n’ont appelé manifester en masse après les tueries des Fofana, Mehra, Nemmouche, etc. Seul le carnage à Charlie Hebdo a fait prendre conscience aux Français, traumatisés, de la menace totalitaire."

dimanche 15 octobre 2017

François Bluche, historien, compare Israël à la Prusse de 1740


François Bluche, historien:
"Comme de nos jours, le jeune État d'Israël, la Prusse de 1740 est un pays petit, aux contours déchiquetés, dépourvu de frontières naturelles, beaucoup moins peuplé que la coalition de ses proches voisins. Elle est contrainte non seulement à la guerre mais à l'offensive par l'instinct même de la conservation de sa survie. Oublier cette réalité, pourtant banale, c'est s'exposer à porter sur la politique prussienne des jugements de valeur erronés et scandalisés bien à tort."
 Le Despotisme éclairé, Fayard Pluriel (p. 45), 1969

samedi 14 octobre 2017

Alexandre Kojève, penseur hégélien: "Les Juifs ont l'histoire la plus intéressante de tous les peuples"

Isaiah Berlin:
"Alexandre Kojève, le penseur hégélien, me dit un jour: "Les Juifs ont l'histoire la plus intéressante de tous les peuples.  Et pourtant ils veulent être une autre Albanie!  Comment le peuvent-ils?"

Je lui répondis: "Pour les Juifs, ressembler à l'Albanie constitue un progrès.  600.000 Juifs de Roumanie furent des victimes - des moutons conduits à l'abattoir - avant les nazis.  Ils tentèrent de fuir.  Mais 600.000 juifs de Palestine ne partirent pas parce que Rommel était à leur porte.  Voilà la différence. Ils considéraient la Palestine comme leur propre pays et s'ils devaient mourir, ils mourraient non pas seulement dans leur pays, mais pour leur pays"."
En toutes libertés, Entretiens avec Ramin Jahanbegloo, Editions du Félin, (p. 110), 1990


vendredi 13 octobre 2017

L'exode des juifs de banlieue qui "craignent désormais pour leur vie" (Alexandre Devecchio)

Alexandre Devecchio:
"Au-delà des concepts, on peut s'interroger sur le cynisme électoral d'un parti qui a fait ses meilleurs scores en banlieue. Comment expliquer la complaisance de La France insoumise pour les soutiens de Dieudonné qui ont envahi la mairie d'Évry au soir du second tour des législatives? Pire, lorsqu'il [Jean-Luc Mélenchon] invoque l'argument commode de "l'extrême droite israélienne" pour justifier son refus de siéger avec Valls, Mélenchon ne surfe-t-il pas en réalité sans scrupule sur l'antisionisme des territoires perdus de la République? Une haine d'Israël qui se confond de plus en plus souvent avec un antisémitisme assumé. Celui-là même qui provoque depuis des années l'exode des juifs de banlieue car ceux-ci, du meurtre d'Ilan Halimi à l'attentat de l'Hyper Cacher, craignent désormais pour leur vie."
Le Figaro (10 octobre 2017)

jeudi 12 octobre 2017

On ne dit plus 'judéo-ceci-cela' mais 'ceci-cela-sioniste' (Marc Crapez)

Marc Crapez:
"On ne dit plus judéo-ceci-cela (maçonnique, par exemple) mais ceci-cela-sioniste (américano-sioniste, notamment).    Or seul le mot péjoratif "fasciste" est semblablement accolé à d'autres, suggérant une activité sournoise, latente et vipérine.  Les associations sémantiques induisent dans les esprits l'idée d'une toute-puissance occulte.  Cette vision d'une mainmise pernicieuse, d'un lobby juif belliciste gouvernant le monde (Robert Wistrich), configure une propagande très articulée, où le procès à charge des Juifs est instruit avec le chef d'accusation de mal universel!"
Antagonismes français, Les Editions du cerf (p. 240)

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Ca peut même aller plus loin.  Par exemple un enseignant belge francophone, Pierre Piccinin, n'hésite pas à s'en prendre à la "mafia sioniste":
"Attaqué, une fois de plus, lâchement, par la mafia sioniste, je n'ai pas peur.  Et un jour la peur changera de camp et ce sont eux qui en auront à rendre des comptes."